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«Même avec un handicap on peut se former et travailler»

Portrait

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25/07/2016

Ahmed, ancien soudeur devenu malvoyant, suit une formation d’agent d’entretien du bâtiment au centre de Toulouse-Palays après une longue traversée du désert.

Ahmed, 49 ans, est malvoyant à près de 80 %, mais ça n’a pas toujours été le cas. Pendant près de 20 ans, il a exercé le métier de soudeur notamment pour l’entreprise CTRA, sous-traitant d’AZF dont l’atelier était implanté dans l’usine AZF : « On assurait des permanences jour et nuit, je faisais de la maintenance, de la soudure, de la chaudronnerie, j’aimais mon métier. »

En 2001, c’est la terrible explosion : 31 morts sur le site. Ahmed n’est pas blessé et reprend son activité en intérim chez Airbus pendant 3 ans, mais il s’aperçoit que sa vue diminue, il lui faut une lampe pour voir les chiffres sur les plans, puis une loupe, jusqu’au jour où il n’y arrive plus. Ses difficultés, sa souffrance, il les cache à ses collègues et choisit d’arrêter son activité : « J’avais honte, je cachais mon handicap. C’était épuisant », explique-t-il.

Ahmed refuse d’accepter l’évidence : il voit de moins en moins, alors il s’isole. Débute alors une longue période de chômage. Le diagnostic tombe en 2009 : il est malvoyant à 79 % avec un rétrécissement du champ visuel sur le côté et vers bas, une conséquence directe de l’explosion d’AZF.

Il y aura encore des années difficiles, trois opérations des yeux, un long processus pour accepter ce handicap. Et en 2015, il se rapproche de l’institut des jeunes aveugles avec l’aide de son médecin. Cette structure l’accompagne dans son parcours professionnel : « Ça m’a remis sur les rails et m’a beaucoup aidé à accepter mon handicap, à comprendre qu’il y avait des solutions. » Et la solution, Ahmed l’a trouvé avec l’aide des formateurs de l’institut : depuis février, il suit une formation d’agent d’entretien du bâtiment au centre de Toulouse-Palays.

Il a bénéficié d’une adaptation de son poste de travail financée par l’Agefiph : il bénéficie d’une tablette afin d’agrandir les caractères et de zoomer sur un schéma par exemple, d’un niveau et d’un mètre sonore. Le centre de Palays lui a fourni un grand écran et Rémi Salvadori, son formateur, s’investit pour qu’il puisse suivre la formation dans les meilleures conditions : une caméra filme le tableau où sont projetés les cours, directement relié à l’ordinateur équipé d’Ahmed. « Mon formateur m’aide beaucoup, il est très à l’écoute mais exigeant, il veut que je réussisse ! » « C’est très riche pour un formateur, tant humainement que sur les aspects pédagogiques. On se remet en question, il faut trouver d’autres façons de faire. Au niveau du groupe, ça les dynamise et il y a une vraie solidarité », témoigne Rémi Salvadori.

À l’institut des jeunes aveugles, Ahmed est suivi par une ergothérapeute : « Elle m’aide à trouver des solutions. Par exemple pour le ponçage, elle m’a appris à utiliser le toucher pour que je me rende compte si c’est bien fait. »

Ahmed a validé son premier CCP en aménagement d’intérieur. « Quand mon formateur m’a dit “chapeau”, j’ai ressenti de la fierté », affirme-t-il. Il commence bientôt un stage à la maison de retraite de Gratentour. Son rêve ? Intégrer une collectivité pour assurer des travaux d’entretien. « Je me rends compte maintenant que tout le monde à sa chance et j’y crois ! »

Nathalie Albertazzi

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